Pourquoi l’Art du Tableau en Cheveux du XIXe siècle a-t-il Presque Disparu ?
- maisonvaillantarte
- 27 juil.
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C’est une question que je me pose depuis plusieurs années. À vrai dire, depuis que j’ai commencé à collectionner les travaux en cheveux. Très peu de documentation existe à ce sujet, ce qui m’aura conduit vers une quête de compréhension, essayant de glaner des indices dans les archives et documentation ancienne.
Au XIXe siècle, l’art du travail en cheveux occupait une place singulière. Les ouvrages étaient réalisés à l’occasion de divers évènements : que ce soit par exemple pour célébrer un amour florissant, un baptême, une prise d’habit, un mariage, ou encore un décès. On retient aujourd’hui bien souvent cet aspect de deuil, mais ce n’est pas toujours le cas.
Les cheveux étaient transformés en tableaux botaniques, en bouquets, en compositions symboliques, en paysages, ou même en bijoux, grâce à des techniques spécialisées, le tout réalisé avec une patience et une maîtrise remarquables.


Puis, ce savoir-faire a rapidement décliné pour s’effacer silencieusement du paysage artistique et patrimonial.
La fin du XIXe, et surtout le début du XXe siècle ont vu se développer des pratiques funéraires plus commerciales, s’éloignant des rituels intimes et familiaux, et proposant ainsi des services professionnels aux familles endeuillées, leur permettant d’une certaine manière de les décharger d’un poids, mais à terme, cela va participer à la transmutation de la vision de la mort, du deuil. La période de grande industrialisation n’aura pas épargné la mort.
Aussi, le développement de la photographie, à plus grande échelle, permet de garder un souvenir de l’image même des êtres chers, ce qui jouera très certainement un rôle dans le déclin des travaux en cheveux. La technique de la photographie se popularisant, l’image est de bon marché, et bien plus rapide à réaliser qu’un travail en cheveux, demandant de longues heures de travail et un savoir-faire particulièrement spécialisé. Pendant un certain temps, on voit d’ailleurs apparaître de nombreux cadres en cheveux adornés d’un portrait en photographie au centre de la composition. Notons d’ailleurs que ceux-ci sont souvent des cadres de deuil.

N’oublions pas non plus de mentionner la première guerre mondiale, qui apportera un changement radical, un bouleversement, dans la vision et le traitement de la mort. On glorifiera les morts pour la France à travers des monuments, mais on mettra de côté des traditions séculaires, manquant de temps pour honorer individuellement chaque être disparu.
Aussi, les anciennes pratiques ne répondent plus forcément aux attentes esthétiques de cette nouvelle ère, qui souhaite ouvrir un nouveau chapitre. Le monde accélère, les traditions également. Un changement radical dans la perception même du cheveu va se développer, et on verra d’un œil plus critique ces tableaux, les jugeant presque non hygiéniques, ou morbides également. Beaucoup de tableaux ont ainsi disparu, n’étaient préservés que les cadres en bois avec leur verre pour être réutilisés, les travaux en cheveux étant eux jetés.
La place qu’occupe la femme dans la société a de même radicalement évolué au début du XXe siècle. Nous savons que certains travaux en cheveux étaient réalisés par les femmes de la moyenne et haute société du XIXe siècle, comme activité quotidienne ou passe temps. On peut d’ailleurs trouver certaines instructions dans les Ouvrages de Dames de l’époque, destinés aux femmes et jeunes filles, comme activités recommandées, telles que la couture ou la broderie, avec des instructions, des patrons,… Cette évolution fera que ces dernières accorderont beaucoup moins de temps à ce type d’activités, qui sera alors perçu comme un loisir.
Tous ces facteurs cumulés ont sans aucun doute contribué à la disparition progressive de l’art du travail en cheveux, ainsi qu’à son savoir-faire, qui aura connu son apogée au milieu et à la fin du XIXe siècle.
Pourtant, les œuvres qui nous sont parvenues témoignent d’un véritable savoir-faire, complexe et spécialisé, aujourd’hui presque oublié.
C’est précisément ce qui m’a donné envie d’entreprendre plusieurs années de recherches pour retrouver ces techniques historiques, les comprendre, puis les faire revivre à travers Maison Vaillant.

Je ne cherche cependant pas à reproduire le passé. Je réalise des ouvrages ancrés dans l’histoire mais contemporains, et des commandes sur mesure en utilisant ces techniques historiques, avec la conviction qu’un savoir-faire ne disparaît réellement que lorsque plus personne ne le pratique.
Je souhaite prolonger un patrimoine artisanal en montrant que ces gestes anciens peuvent encore trouver leur place dans notre époque contemporaine. Dans un monde qui va toujours plus vite, où tout est devenu impalpable et dématérialisé, c’est en quelque sorte un acte qui répond aux attentes de beaucoup, de redonner sa valeur au temps et de la saveur aux souvenirs tangibles.
Au fil de cette page, je partagerai autant mes travaux que mes découvertes, ainsi que les différentes techniques du travail en cheveux, et les réflexions qui accompagnent cette démarche.
Et vous, connaissiez-vous l’existence de l’art du travail en cheveux ?




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