Ce que cet Entretien avec Le Parisien m’a Appris sur les Travaux en Cheveux
Il y a de cela quelques jours, j’ai eu l’occasion d’accueillir au sein de mon atelier rambolitain une journaliste du Parisien, afin de lui accorder un entretien sur les cadres en cheveux et mon travail autour de cette fibre toute particulière qu’est le cheveu, mais aussi le poil animal.

Au détour de notre échange, et bien que j’en étais consciente, je fus surprise de me rendre compte à quel point l’art du travail en cheveux a véritablement été oublié de la mémoire collective. Cent-cinquante ans en arrière, cette pratique était au summum de sa gloire, et aujourd’hui, peu de personnes connaissent l’existence même de ce savoir-faire. Aussi, j’ai pu ressentir une véritable prise de conscience lors de cette discussion, qui me conforte encore davantage dans l’idée de promouvoir et faire connaître ce riche savoir-faire presque disparu, tout en lui donnant par le même temps une contemporanéité.
Afin de pouvoir parler de mon travail, il me semblait essentiel de revenir aux origines mêmes du travail en cheveux. On sait certes que la vague la plus importante de ce savoir-faire a eu lieu entre le XVIIIe et XIXe siècle, mais on a pu retrouver des traces d’activités analogues au Moyen-Âge par exemple, avec la tradition des bijoux de deuil. J’ai particulièrement apprécié pouvoir expliquer à la journaliste en quoi consiste le travail en cheveux, revenir sur son histoire et son évolution, mais aussi dresser un tableau des différentes techniques historiques.
Il était important également de mentionner que les ouvrages en cheveux ne sont pas toujours synonymes de deuil, au contraire. Ils pouvaient en effet constituer des gages d’amour entre promis, d’amitié entre jeunes filles, mais également représenter de manière symbolique l’arbre généalogique d’une famille, ou être proposés en cadeau de mariage avec des mèches travaillées des cheveux des deux époux. Les prises d’habit également étaient un évènement souvent marqué par un travail en cheveux. Cela permettait aux familles de garder un souvenir de leur jeune fille avant de rentrer dans les ordres, à l’occasion de la coupe de cheveux systématique qui symbolisait l’abandon de la vie séculaire.
Je suis toujours étonnée de l’évolution des pratiques dans notre société. Une activité autrefois prospère, au summum de la mode, à laquelle même les plus hautes sphères de l’aristocratie faisaient appel, jusqu’à la classe bourgeoise (en tout cas pour les travaux en cheveux professionnels), peut tout à coup disparaître et tomber dans l’oubli total.
La vision même du cheveu, une fois coupé, a radicalement changé dans nos mentalités, et on a presque entièrement oublié l’existence de ce savoir-faire. Il n’existe en effet que très peu de cadres, bijoux ou objets en cheveux dans les collections muséales par exemple. Il est donc pour moi essentiel de préserver ces connaissances, afin de continuer à faire vivre ce fragment d’histoire et de patrimoine.
De là, ma passion pour la réalisation d’ouvrages en cheveux se meut également en volonté profonde de faire connaître et transmettre l’histoire et les richesses de cet art oublié, que ce soient les cadres, les bijoux ou les objets anciens. Le vocabulaire autour de cette pratique semble aussi perdu, particulièrement en français. Je tiens donc à retrouver les terminologies anciennes, à les développer à nouveau, quitte à retrouver de nouveaux mots, permettant de distinguer chaque technique et famille de techniques existantes. La diversité des formes que peuvent prendre le travail en cheveux est surprenante, et je souhaite ainsi les mettre en lumière et faire revivre cette mémoire oubliée.
Entrer dans le monde des tableaux en cheveux est une expérience passionnante et riche en découvertes. Qu’il s’agisse des techniques, cela va sans dire, mais également de l’intimité de nos aïeux, de leurs relations, de leurs vies, et de la société dans laquelle ils évoluaient. Une réalité que j’avais moins anticipée, et qui m’enjoue, est l’opportunité et la chance qui se présentent de rencontrer des personnes dans un échange qualitatif pour transmettre cet art, l’ancrer dans notre monde contemporain en répondant aux demandes de commandes, toutes les unes plus personnelles que les autres, chacune unique. C’est pourquoi je tiens à entretenir et enrichir ces connaissances, afin que la pratique du travail en cheveux ne tombe pas dans les limbes du passé. Chaque article, chaque échange est l’occasion d’une passerelle supplémentaire vers cette voie.
Je tiens à nouveau à remercier le journal historique Le Parisien, édition Yvelines, ainsi que Jeanne Mathevet pour cette belle opportunité qui m’a été donnée de faire connaître cette pratique et mon travail.



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